Cette fois, je laisse de côté les breakdancers, pour aller m’aventurer dans un des temples de la culture légitime par excellence : l’Opéra Garnier. Je garde la question de la conservation de ce type de patrimoine dans un prochain billet !

Contexte : comme d’habitude, au poulailler,en face de la scène et du gigantesque lustre.

Matériel : oubliées, les jumelles… (Mais je reconnaitrai entre mille les mollets et la féline’ attitude de Nicolas Le Riche)

Mission : déguster et admirer la représentation de  « Le Parc » by Angelin Preljocaj.

Ce ballet créé en 1994, nous ballade au son de concertos, symphonies, et pièces pour cordes de Mozart ( Un extrait ici > http://www.deezer.com/track/322804) dans la carte du tendre et du temps de l’amour.

source : Evene

source : Evene

Sans pour autant aller dans la sensualité animale du Sacre du Printemps dans la version de Béjart, ni dans les tutus empoudrées et mièvres classiques, ce « Parc » flamboie d’intelligence par la mise en scène, et nous promène dans des allées taillées « à la française » avec une souplesse et un humour délicat comme une rose tendue en cadeau.

Je suis sûre que Stendhal aurait a-do-ré…

Trois tableaux, représentant les trois temps de l’amour ( les taquinades, le jeu, les disputes / la « cristallisation », le doute, la pamoison / puis la nuit, l’expression du désir, le tourbillon ), rythmées par Mozart, reprennent l’ambiance de Marivaux, de Laclos ou encore de Mme de La Fayette. Elles sont entrecoupées par des saynètes plus modernes : se rapprochant de Signes par la musique electro et la chorégraphie saccadée, elles sont très importantes dans le fil de la narration gestuelle du ballet.

Dans certaines critiques que j’ai trouvé sur le web, on peut lire que ce sont des jardiniers. Mais personnellement, je pense qu’ils représentent plutôt le temps. Leurs scènes sont aussi découpées en 3  :

- le matin, avec des bruits d’oiseaux et de nature : ils m’ont fait penser à des scarabées ou à des cerfs, en tout cas à quelque chose de sauvage, au premier temps de la journée. D’ailleurs, le fond de la scène et les éclairages illustrent très bien la lumière orangée de l’aube.

- l’après-midi, dans un décor plus fermé, avec une musique métallique, répétitive, en lumière normale.

- le soir et la nuit, avec quasiment aucun son, juste des soupirs et quelques rares grillons, en lumière bleu et blanche rasante.

Au nombre de quatre, ils sont souvent en cercle, et font tourner par moment leurs doigts en l’air comme s’ils dessinaient des ronds. Pour moi, ils sont une Horloge imaginaire, sans aiguilles, sans heures : juste le temps qui rythme les sentiments des humains.

Un dernier mot sur la  scène,  finale qui m’a soufflée : lorsqu’ Emilie Cozette se jette au cou de Nicolas Le Riche pour l’embrasser ( sachant qu’il lui a couru après et a essuyé des refus toutes les scènes précedentes…),et  lui-même qui l’entraine dans un tourbillon, suspendue à lui. Pas besoin de mots pour décrire le décollage dans l’irréel que provoque un premier baiser : un geste de beauté pure.

Sur ces belles paroles, je vous laisse aller directement sur le site de l’Opéra de Paris ( ou sur Ebay), si le spectacle vous tente..!


Chorégraphie de Angelin Preljocaj
Musique de Wolfgang Amadeus Mozart (extraits de pièces pour cordes et de concertos pour piano)
Création sonore de Goran Vejvoda
Décors de Thierry Leproust
Costumes de Hervé Pierre
Lumières de Jacques Chatelet
Avec les Etoiles, les premiers danseurs et le corps de ballet de l’Opéra national de Paris



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Comments ( 1 Comment )

Ce n’est pas bête l’interprétation des jardiniers comme engrenage du temps… cela colle avec la façon dont ils structurent le ballet !

mimylasouris a ajouté ces mots le mar 29 09 at 20 h 44 min

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